Etienne Mineur archives

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Résultats de votre recherche de safari typographique.

mardi 2 février 2010

pourquoi Steve Jobs n’aime pas Adobe?


--> image trouvée sur zazzle.com.

Juste quelques mots concernant la « petite guerre » que livre Apple contre Adobe Flash.
Mais avant de renter dans des guerres de religions, je dois dire que personnellement je suis totalement agnostique concernant les technologies, je passe de Flash (AS2 et maintenant AS3), à Processing, Html, PHP, Arduino, OpenFrameWork... suivant mes besoins (je suis totalement opportuniste;-) de plus je ne suis pas développeur mais un designer qui essaye d’être autonome pour réaliser ses prototypes interactifs (que ce soit pour le Web, pour la téléphonie ou même pour des objets communicants).

Si il existe une nouvelle alternative permettant de développer « simplement » tout en gardant des qualités typographiques et graphiques je suis preneur, de plus je pense qu'il existe une place pour un environnement de développement se situant entre Flash et Processing (je pense principalement aux étudiants en design), même si durant ces 20 dernières années beaucoup ont essayé (HyperCard, Supercard, mTropolis, Magic, Silverlight...)

Sur iPhone nous n'avons pas de Flash et cela risque de continuer longtemps. Lors de la présentation de l’iPad nous avons aussi pu voir que Flash n'était pas le bienvenu.
C’est assez curieux pour une machine spécialisée dans la navigation internet (qui se retrouve donc être une machine totalement fermée, tout comme l’iPhone). On va surement utiliser cette machine, affalé dans son canapé (je ne vois pas trop d'autres positions pour tenir cet ordinateur) en surfant mollement de site en site, bref on va vraiment arriver au Casual Computing d’Apple (qui délaisse totalement la partie professionnelle et création au profit de device uniquement de lecture).

Steve Jobs accuse Flash d’être le responsable de presque tout les crashs sur Mac, d’être le mal absolu et de se lancer donc un procès en sorcellerie (que des milliers de fidèles suivent, bref on se retrouve vraiment au moyen-age;-). Il s’autorise donc a refuser ce langage sur ses machines.
Je trouve cela totalement de mauvaise foi car Flash (ou AS3) est un langage comme les autres et si il est mal utilisé fera en effet planter ou ralentir fortement votre machine. Mais si il est utilisé d’une manière cohérente sera tout à fait satisfaisant (même si je suis d'accord pour dire que sur Mac, le player Flash est un peu groumant et qu’une petite cure d’amaigrissement serait la bienvenue). Depuis l’arrivé de l’ActionScript 3 et d’outils comme FlashBuilder ou FlashDevelop (merci Ugo), on se retrouve dans un environnement de développement classique qui ne va pas beaucoup dépayser les développeurs.
La comparaison de HTML 5 comme alternative est aussi amusante, en effet nous pouvons comparer les possibilités du HTML 5 avec Flash, mais dans sa première version d’il y a dix ans (je parle des possibilités techniques et graphiques).
Le HTML 5 sera très bien pour faire des players vidéos et des améliorations des sites web actuels (mais il va encore exister des problèmes de compatibilité entre les différents navigateurs...).
De plus je comprend parfaitement les YouTube et autres Dailymotion, voulant s'émanciper de Flash pour les vidéos, c'est totalement logique pour des sites comme ceux là de ne pas être dépendant d’une seule technologie. Par contre qu’une machine que j’achète, m'interdise l'utilisation de Flash, de java ou tout autres langages est absolument scandaleux, ce serait comme si ma télé m’interdisait d’aller voir TF1 car le PDG de Sony ne trouve pas cette chaine de télé bien pour moi.

Mais pourquoi cette haine de Steve Jobs envers Adobe, alors que l’on peut affirmer qu’Adobe à vraiment sauvé Apple au début des années 90 avec sa suite pour la PAO, en effet sans PhotoShop et Illustrator sur Mac c’était au-revoir Apple.

• raison n°1 : Apple refuse absolument qu’une application ne passe pas par son App Store (source de revenue importante pour Apple), Apple veut contrôler absolument tout sur ce qui se passe sur votre machine. Si nous avions du flash sur iPhone, nous pourrions avoir un grand nombre d’application sur Safari via le plugin Flash et cela sans passer par l’App Store d’Apple. Steve sait très bien que le cœur de la guerre ce sont les applications et non pas le HardWare (comparer les applications Nokia et Apple!).

• raison n°2 : Steve Jobs adore avoir des ennemis (avant c'était IBM, puis MicroSoft, maintenant c’est Google et Adobe, demain ce sera ...), surement une stratégie marketing très sophistiquée...

• raison n°3 : Steve Jobs entretient envers Adobe une vieille rancune, car une des raisons de l’échec (relatif) du NeXT fut qu’Adobe n’a jamais commercialisé PhotoShop sur cette machine (Adobe a uniquement sorti Illustrator au début des années 90), ce fut rédhibitoire pour la communauté des graphistes et designers de cette époque (le principal marché d’Apple et donc du futur NEXT à cette époque). Personnellement en sortant de l’école, au moment de faire le choix d’acheter une machine je rêvais d’avoir un NeXT (définitivement la plus belle machine de toute l’histoire de l’informatique), mais je me suis retourné sagement vers un Mac (un Quadra 700) car il y avait PhotoShop (et aussi Xpress).

Conclusion, Adobe va permettre de compiler des applications pour iPhone et surement iPad directement en AS3 (avec le nouveau Flash CS5), nous allons avoir un grand nombres d’applications développées en AS3 disponibles sur l’App Store d’Apple, Adobe va vendre des camions de Flash CS5 et Apple des tonnes d’applications (développé sous flash) sur son App Store + des licences développeurs à $99 l’année, et tout le monde sera contents.

--> pour compléter avec un avis différent le blog de Jean No.

vendredi 12 juin 2009

47° à l’ombre

47° à l’ombre, un peu trop chaud pour moi, je vous laisse deviner où je suis en ce moment.
J’espère continuer mon safari typographique, mais par cette chaleur cela me semble un peu compromis.

lundi 24 mars 2008

Bogotá jour 1

Rien de mieux que quelques graffs pour commencer un safari typographique dans une ville.

samedi 22 mars 2008

Colombie

Et hop demain matin, grand départ pour la Colombie :-)))))
J’espère pourvoir continuer mes safaris typographiques et rencontrer plein de gens intéressants.

dimanche 4 novembre 2007

Miami, safari typographique Part III

Miami, safari typographique Part III

mardi 30 octobre 2007

Miami, safari typographique Part II

un peu de plage...

Miami, safari typographique Part I

samedi 27 octobre 2007

Miami, safari typographique intro

première photo dès l’arrivée, après neuf heures de vol.

lundi 9 juillet 2007

safari typographique à Singapour

Toujours dans mes photos de «vacances», voici quelques photos de Singapour.
Une des particularités typographiques de Singapour, est que ce pays possède quatre langues officielles, l’anglais, le Chinois (Mandarin) le Tamoul et le Malais. Nous avons donc dans les rues un mélange d’alphabets latins, de caractères Chinois et un alphasyllabaire (mélange entre un syllabaire et un alphabet).
Le nom des rues est toujours écrit en anglais puis dans la langue du quartier, par exemple en chinois dans le quartier chinois ou en indien dans le quartier indien. La langue officielle à l'école est l'anglais, puis dans un deuxième temps les écoliers apprennent la langue de leurs parents. La population de Singapour est constituée de 80 % de personnes d’origine chinoise. De plus, même les enfants d'origine indienne ou de Malaisie apprennent en ce moment le chinois, qui semble pour les parents plus utile pour l'avenir. Nous arrivons donc avec une population parlant le plus souvent trois langues couramment, l'anglais, le chinois et le dialecte de leurs parents ou grands parents (des dialectes chinois le plus souvent). À ces trois langues il faut bien-sur rajouter le singlish, un anglais avec un joyeux mélange de mots malais et chinois.

mercredi 27 juin 2007

safari typographique à Hanoï III

safari typographique à Hanoï III

safari typographique à Hanoï II

Monsieur Zammit demandait hier du graphisme, voici les affiches que l’on peut trouver dans les rues d’Hanoï.
Et aussi une traduction très rapide en français :
affiche 1 : le président Ho Chi Min favorise notre travail...
affiche 2....
affiche 3 : Avec chaleur nous saluons l'élection des représentants de l’association nationale de la XIIème cession (législature)
affiche 4 : Fête nationale de la XIIème cession
affiche 5 : les fouets ne transforment pas les enfants en hommes,
l'amour est plus fort que les réprimandes
laissez aux enfants leurs sourires
affiche 6 : idem
affiche 7 : programme pour la qualité de l'hygiène des aliments, stérilisation...
affiche 8 : soyez éclairé pour choisir les représentants de la XIIème cession

Dans la ville vous pouvez donc voir des affiches de propagandes (politique bien sur, mais aussi beaucoup d’affiche de prévention contre la Sida et la drogue). N’importe quel citoyen Vietnamien peut proposer un slogan ou une affiche au comité populaire de son quartier, puis les affiches sélectionnées sont approuvées (ou non) par le gouvernement qui décide de les afficher dans la ville.

lundi 25 juin 2007

safari typographique à Hanoï I

Je viens d’arriver à Singapour (très très très différent d’Hanoï ;-) et je viens de prendre un peu de temps pour trier mes photos. Voici une première série de photos prises à Hanoï.

lundi 26 mars 2007

Safari typographique à Bologne

mercredi 20 décembre 2006

Un safari typographique dans ma penderie


Voici le texte de mon premier article paru dans Magazine au mois de septembre 2006 concernant les logos dans le monde de la mode.

--> l’image servant d’illustration à cet article.

Un safari typographique dans ma penderie

Par un dimanche après midi pluvieux, je me lance dans un safari typographique dans mon appartement – je suis graphiste de formation, ce qui peut expliquer certaines de mes obsessions. Un safari typographique consiste à chercher des typos, des logos ou des signes infiltrés sournoisement dans votre vie quotidienne. Je commence par ma bibliothèque : les logos Gallimard, Flammarion, Hachette, Harraps, Taschen, Phaidon, puis ma cuisine : Barilla, Panzani, Amora, Magimix, Nestlé... ; pas de grande surprise. Mais soudain, en pénétrant dans ma chambre, ma penderie toutes portes closes, me procure un étrange pressentiment. Je pense avoir découvert un vrai nid à logos, une vraie mine typographique intarissable. Entre les cintres, je croule immédiatement sous un déluge de logos, de signes de marques : Pantashop, Petit Bateau, Prada, Chanel, Yves Saint Laurent, Issey Miyake, Balenciaga, A.POC, Paul Smith... ; d’accord, j’exagère un peu. C’est ma plus grande concentration de logos au centimètre carré, ils sont partout : chemises, chaussettes, sous-vêtements, manteaux...

Si on organise ces marques-logos en tableau chronologique, on remarque immédiatement que le monde de la mode n’utilise pas d’acronymes (sauf très rares exceptions comme APC pour Atelier de Production et de Création ou A-POC pour A Piece Of Cloth), contrairement aux autres industries (EDF, GDF, SNCF, IBM...). C’est ici le nom des créateurs initiaux qui est le plus souvent employé. La marque se développe donc dès son origine autour d’une personnalité et non pas d’un service comme dans la plupart des autres industries.

A y regarder de plus près, on peut établir six catégories formelles :
• les «classiques », qui se distinguent par l’emploi simple d’une police de caractère liée à l’époque de sa création : Hermès (police de caractère de la famille des mécanes du XIXe siècle), Burberry...
• les neutres constituent la grande majorité, : le plus souvent une police de caractère bâton (linéale) employée en capitale : Chanel, Fendi, Balenciaga, Céline...
• les signatures ou griffes (très années 70-80) qui concentrent encore plus l'attention sur le créateur d’origine et qui personnalisent le vêtement. L’utilisation de ce type de logo pourrait être considérée comme la signature d’une œuvre d’art : Thierry Mugler, Paul Smith, Agnès B, Yoshi Yamamoto...
• les cyniques (ou postmodernes) : Jean-Paul Gaultier (faux pochoir très années 80), John Galiano (avec une typo gothique/tatouage, faussement mauvais garçon), Vivienne Westwood (très tête couronnée) , Wendy et Jim (reprise du logo YSL)...
• les fameux «&» ou «+» de la mode : Wendy & Jim, Paul & Joe, Marithé et François Girbaud...
• et une dernière catégorie très surprenante, que je nommerais les didactiques. En effet, ces logos expliquent le concept même du vêtement qu’ils représentent. Ils signifient une idée plutôt que la personnalité d’un créateur, notamment pour deux marques liées à Issey Miyake : A-POC (le logo reprend le système de découpe lié à cette marque) et Pleats please (logo reprenant les fameux plissés dans la forme des lettres du logo).

Dans l’ensemble, ces logos sont presque anonymes et sans personnalité propre. En réalité, ils essayent d’être intemporel, sans attaches au temps présent, contrairement aux vêtements qui sont eux, par essence, démodés très rapidement. Même si le plus magnifique est sans contestation possible celui d’Yves Saint Laurent, dessiné par Cassandre en 1963 (un de nos plus grands graphiste et affichiste français, Dubo, Dubon, Dubonnet, c’est lui), élégance, modernité, rythme, finesse... bref un des rares logos à avoir une vraie personnalité. Il affiche un désir, une intention, s’affirme et prend position, ce qui est très rare.

Pourtant, malgré cette apparente neutralité, ces logos « fonctionnent », c’est-à-dire, qu'instantanément, on différencie un Chanel d’un Dior ou d’un Burberry même sur une petite étiquette pas toujours bien cousue ni imprimée. Une des raisons essentielles de ce succès est que le monde de la mode a eu, depuis des années, l’intelligence de garder ses logos d’origine. A la grande différence des autres industries, les marques liées à l'univers de la mode conservent contre vents (le marketing) et marées (l’arrivée de nouvelles directions) leurs identités visuelles originales. Des adaptations sont inévitables, généralement tous les quinze ans, mais en gardant toujours l’esprit du logo premier. Les grandes marques de mode sont totalement insensibles aux modes graphiques relatives au dessin des logos.

En effet, la tendance actuelle, imposée par les agences de communication, privilégie les formes rondes et molles. Pour exemple, l'année 2005 fut en France riche en nouvelles identités médiocres, toutes calquées sur le même modèle : SNCF, ANPE, Aéroport de Paris, EDF... Visiblement, pour ces sociétés, il s'agit juste d'une course contre la montre, à celle qui changera le plus souvent de logo, en espérant que ce changement d'image fasse croire aux actionnaires (ou futures actionnaires comme pour EDF ou GDF) que la société reste dynamique et pleine d’avenir. Ça ressemble beaucoup à de la gesticulation graphique sans aucun fondement. Il est très surprenant de constater qu’une entreprise comme la SNCF, ayant une fonction simple et presque immuable; nous transporter d’un endroit à un autre par voie ferrée, change d’identité visuelle presque tous les cinq ou dix ans.

A l’opposé, le monde de la mode, pourtant par essence soumis aux nouvelles tendances, s’accroche à ses logos, comme à un pilier, à une boussole permettant de se repérer au milieu de ce maelström de formes, de tendances, de matières et de couleurs sans cesse contradictoires d’année en année. Ces logos remplissent donc totalement leurs rôles, puisqu’ils signifient et signent la marque discrètement, permettant aux vêtements de garder leur autonomie et leur identité propres, liées à leur époque.

vendredi 15 décembre 2006

un safari typographique dans ma bibliothèque, le texte intégral

Voici le texte intégral de mon deuxième article pour Magazine : un safari typographique dans ma bibliothèque.

un safari typographique dans ma bibliothèque.

Cette fois, je déménage, et j’en profite pour ranger un peu ma bibliothèque.

En fouillant je redécouvre mes vieilles collections d’Emigre, de Eye, de Métal Hurlant... mais aussi de «vieux» magazines : Inrockuptibles, ID, Crash, Jalouse, Numéro, Colors, IDEA, Lodown, Wired... pour ne citer que les plus connus. En feuilletant ces revues on peut remarquer que depuis presque quinze ans (date de l’apparition de la PAO dans la majorité des agences de graphisme) nous avons assisté à une incroyable inflation graphique et typographique dans les magazines. Des modes sont apparues, puis on disparu aussitôt, pour réapparaître dans un autre domaine, puis dans un autre… Ce qui est frappant, c’est la rapidité de ces changements : des catalogues d’art contemporain aux éditions littéraires, puis vers les magazines de mode, pour finir vers des revues spécialisés dans l’informatique. Les polices de caractères se sont multipliées grâce aux outils informatiques. Il n’a jamais été aussi facile et rapide de dessiner une police de caractère, même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Nous avons vu arriver des ré-interprétations numériques d’anciens caractères, des mix, des collages, des détournements typographiques…
Ces modes graphiques deviennent des codes permettant aux lecteurs de se retrouver dans cette jungle de magazine. Dans une librairie, vous arrivez très rapidement (et même inconsciemment) à différencier une revue technique d’une revue sur la mode ou d’un magazine sur l’architecture uniquement par leur utilisation de la typographie. Et le test vaut aussi à l’étranger, car ces codes graphiques sont dorénavant internationaux.

Un peu d’histoire :
• A la fin des années 80 et début 90 nous avons vu, principalement sous l’influence de Neville Brody, la mise en avant des jeux typographiques très marqués et influencés par les œuvres Dadaïstes et constructivistes du début du XXe siècle. L’utilisation de grandes typos très grasses (typo linéale en Bold, voir Black) en pleine page créant des rythmes visuels très forts, contrastant avec l'utilisation élégante et discrète des années précédentes dans ces mêmes magazines.
• Presque en même temps, ce fut l'apparition dans les magazines des police de caractère dites «pixels». Les principales créations graphiques de cette époque proviennent du magazine californien Emigre (de Rudy VanderLans et de la typographe Zuzana Licko), qui éditait à la fois le magazine et les polices de caractères qu’il utilisait. L’adoption de ces typos par les graphistes affirmait une certaine modernité (l’écran, l’informatique...) et en même temps constituaient une prise de conscience : la numérisation inéluctable de la forme et du contenu.
• L’utilisation de typos hybrides et fusionnées comme avec le magazine américain Raygun (de David Carson) mais aussi en Angleterre avec Vaughan Oliver et le label musical 4AD.
• En réaction à ce mouvement arrivèrent très rapidement les typos dessinées «à la main» principalement dans les milieux proches de l’art contemporain. La frontière entre art, illustration et graphisme devient de plus en plus ténue. Suivirent les typos «à la M/M», dégoulinantes et volontairement illisibles, mélangeant à la fois les formes manuelles, les formes végétales (art nouveau) et les caractéristiques des peintures à la bombe (les dégoulinures des pochoirs et des graphs). Des dessins de lettre totalement étranges et hybrides. Cette esthétique singulière et ce retour assumé du décoratif ont insufflé (peut-être excessivement) a toute une génération naissante l'envie de plasticité, de dessin, de motif, de plaisir… bref d’un «style» personnel et non plus universel.

Dans une même logique on a constaté le retour des typos pochoirs dans les magazines « urbains » (Skate, Street Art) avec des artistes comme Banksy par exemple, qui glissaient inévitablement vers les magazines de mode plus généralistes. Avec ces typos, se joue la mise en avant d’une fausse maladresse, de l’urgence, de la rature et des traces de collage que l’ont peut déjà retrouver dans certaines affiches de Grapus des années 70.

Totalement en opposition avec les mouvements précédents une fonte fut aussi très utilisée, jusqu’à l’overdose : la DIN (pour Deutsches Institut für Normung), créée et utilisée en 1936 (donc sous un régime Nazi), initialement pour la signalétique routière en Allemagne. Elle fut curieusement remise au goût du jour, entre autres, par la nouvelle identité du centre Georges Pompidou conçue en 1998 par Integral Ruedi Baur et associés et fut très rapidement adoptée par différents magazines d’art contemporain, puis de mode... jusqu’à devenir presque la typo standard de ces dernières années.

Plus récemment on a pu observer le retour des typos années 20-30 (comme la Cooper Black dessinée par Oswald Bruce Cooper en 1922). Il est curieux de remarquer que ces fontes sont réapparues dès les années 1970, et que leur mode récente soit davantage une référence aux années 1970 qu'aux années 1930 ; en faisant donc une citation de citation, sans que l'origine soit forcément identifiée. Et si beaucoup pensent que la Cooper Black date des années 1970, on retrouve la même approximation concernant les fontes dites « psychédéliques » de la fin des années 60, qui sont, elles aussi, des citations de polices de caractères beaucoup plus anciennes, datant de l’ère Victorienne anglaise (milieu du XIXe).

Nous avons aussi depuis quelques années l’utilisation de typos avec les lettres remplies, le A ou le O par exemple). Cette mode, vient des pochoirs (permettant d’obtenir des lettres se découpant facilement dans du carton) et d’une certaine « urban culture ». Elle est actuellement utilisée dans des contextes totalement différents, pour le catalogue d’une galerie d’art ou pour une revue de coiffure, mais toujours en essayant de garder un aspect et un code « jeune » et urbain.

Il faut aussi noter l’utilisation cynique et humoristique de l’Arial dans certaines publications graphiques – car cela ne fait rire que les typographes et graphistes. En effet, l’Arial est la typo de base de tous les ordinateurs sur terre ; grâce à Microsoft, c’est vraiment la typo par défaut, même si elle n’est qu’une pâle copie de l’Helvetica.

L’exception à ces déferlements incessants est sans doute l’Helvetica, dessinée par le Zurichois Max Miedinger au milieu des années 50. C’est une typo qui traverse les modes avec une constance incroyable. Elle est aussi connue, chez les mauvaises langues, sous le nom de typo pour ne pas se tromper. En effet, avec l’Helvetica, pas de faute de goût : c’est une valeur sûre, qui est aussi bien utilisée dans des catalogues de jardinerie que pour une exposition d’art contemporain (comme avec le jeune atelier de création Experimental JetSet, qui ne jure que par elle). Elle est parfaitement lisible, élégante, discrète et parfaitement équilibrée. Elle restera définitivement la police de caractère du XXe siècle.

Après cette liste que l’on pourrait continuer à loisir, on peut se demander si nous allons continuer de courir sans cesse vers de nouvelles formes ou alors commencer à réfléchir au sens de ces modes sans cesse renouvelées mais perdant de plus en plus leurs sens. En observant deux magazines contemporains reconnus comme très pointus dans leur domaine respectif, Dot dot dot (magazine de graphisme Hollandais) et Purple Fashion (magazine de mode parisien) nous pouvons remarquer des similitudes étranges dans leur forme graphique. Même mise en page minimaliste (pour ne pas dire simpliste), typos centrées, une ou deux colonnes de textes, photographie sur la page opposée, pas de superposition, ni de jeux graphiques entre l’image et le texte... bref nous arrivons presque à une mise en page par défaut. C’est-à-dire, qu’il n’y a pas de prise de position par un auteur (graphiste, typographe, photographe, directeur artistique...) dans la formalisation du magazine. Nous pourrions imaginer que cette mise en page est entièrement laissée à la guise du logiciel de PAO utilisé, sans aucune intervention extérieure humaine. La mise en page est entièrement (non) décidé par les réglages par défaut du logiciel. La typo utilisée est la première dans le menu du logiciel, la taille des polices de caractères est celle placé par défaut, les feuilles de styles aussi...
Nous arrivons donc presque à la fin de l’histoire de la typographie et du graphisme ; un détachement complet de la forme et du contenu. Une formalisation totalement neutre et sans aucun message caché ou code graphique adressé à un public précis. Il s’agit là d’une réponse radicale aux trépidations graphiques des années précédentes.

Etienne Mineur

Notes :
merci à Étienne Auger, Jérôme Saint-Loubert Bié, Delphine Guimbert, Jean François Rey, et Adrien Zammit.

Concernant l’esthétique par défaut dans les médias numériques: voir le texte d’Étienne Cliquet.

--> toujours l’image en haute définition servant d’illustration à cet article (attention c’est un Jpeg de 5000 sur 3600 pixels).

les crédits de cette image:
Stéphane Mallarmé : Un coup de dés jamais n'abolira le hasard
Filippo Tommaso Marinetti : les mots en liberté
Cassandre : Bifur
Wim Crouwel : New Alphabet
Max Miedinger : Helvetica
Susan Kare : San Francisco et les icônes du Macintosh
Zuzana Licko : low res
Étienne Auger : bit 9
Delaware : typo et image pixel
Philippe Apeloig : Carre et Octobre
M/M Paris : the alphabet
le club des chevreuils
Jeff Rey
Chicks and Speed, It's A Project
Dot dot dot
Purple Fashion
et beaucoup d’autres...

lundi 11 décembre 2006

un safari typographique dans ma bibliothèque


Je viens d’écrire un nouvel article pour Magazine (Angelo Cirimele) intitulé un safari typographique dans ma bibliothèque (la suite d’un safari typographique dans ma penderie) traitant de l’évolution de la pratique de la typographie durant ces dix dernières années dans les magazines. J’arrive d'ailleurs à une conclusion surprenante (en tout cas pour moi) et un peu pessimiste.

Je vous en livre un extrait, puis à vous de lire la suite dans Magazine (toujours gratuit).

«Cette fois, je déménage, et j’en profite pour ranger un peu ma bibliothèque. En fouillant je redécouvre mes vieilles collections d’Emigre, de Eye, de Métal Hurlant... mais aussi de «vieux» magazines : Inrockuptibles, ID, Crash, Jalouse, Numéro, Colors, IDEA, Lodown, Wired... pour ne citer que les plus connus. En feuilletant ces revues on peut remarquer que depuis presque quinze ans (date de l’apparition de la PAO dans la majorité des agences de graphisme) nous avons assisté à une incroyable inflation graphique et typographique dans les magazines. Des modes sont apparues, puis ont disparu aussitôt, pour réapparaitre dans un autre domaine, puis dans un autre… Ce qui est frappant, c’est la rapidité de ces changements : des catalogues d’art contemporain aux éditions littéraires, puis vers les magazines de mode, pour finir vers des revues spécialisés dans l’informatique. Les polices de caractères se sont multipliées grâce aux outils informatiques. Il n’a jamais été aussi facile et rapide de dessiner une police de caractère, même si la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Nous avons vu arriver des ré-interprétations numériques d’anciens caractères, des mix, des collages, des détournements typographiques… »

--> et aussi l’image en haute définition servant d’illustration à mon article (attention c’est un Jpeg de 5000 sur 3600 pixels). Cette image est un résumé extrème de 100 ans d’histoire de la typographie, à vous de retrouver les références ;-) pour commencer ce petit jeu, voici les premières références :
Stéphane Mallarmé : Un coup de dés jamais n'abolira le hasard
Filippo Tommaso Marinetti : les mots en liberté
Cassandre : le Bifur
Wim Crouwel : New Alphabet

mardi 17 octobre 2006

Un safari typographique dans ma penderie...


J’ai pu avoir la chance d’écrire un article (Un safari typographique dans ma penderie...) pour le magazine Magazine de Angelo Cirimele.
Je vous en livre un extrait, puis à vous de lire la suite dans Magazine (ne le volez pas, c’est gratuit ;-).

«Par un dimanche après midi pluvieux, je me lance dans un safari typographique dans mon appartement – je suis graphiste de formation, ce qui peut expliquer certaines de mes obsessions. Un safari typographique consiste à chercher des typos, des logos ou des signes infiltrés sournoisement dans votre vie quotidienne. Je commence par ma bibliothèque : les logos Gallimard, Flammarion, Hachette, Harraps, Taschen, Phaidon, puis ma cuisine : Barilla, Panzani, Amora, Magimix, Nestlé... ; pas de grande surprise. Mais soudain, en pénétrant dans ma chambre, ma penderie toutes portes closes, me procure un étrange pressentiment. Je pense avoir découvert un vrai nid à logos, une vraie mine typographique intarissable. Entre les cintres, je croule immédiatement sous un déluge de logos, de signes de marques : Pantashop, Petit Bateau, Prada, Chanel, Yves Saint Laurent, Issey Miyake, Balenciaga, A.POC, Paul Smith... ; d’accord, j’exagère un peu. C’est ma plus grande concentration de logos au centimètre carré, ils sont partout : chemises, chaussettes, sous-vêtements, manteaux...»

lundi 25 septembre 2006

Tokyo I

Après une semaine en Malaisie, me voici à Tokyo pour la réunion annuelle de l’AGI.
Mais avant tout, un petit tour à Harajuku, Omote-Sando et Shibuya (pour terminer dans le bruit et la lumière). J’ai la chance d’aller en moyenne tout les deux ans au Japon, et c’est toujours dans ces quartiers un déluge de marques de mode hallucinant, des plus connues (Chanel, Dior, Prada, Issey Miyake…) et des moins connues, comme vous pouvez le voir sur les photos suivantes.
Visiblement pour faire « mode » au Japon il faut absolument utiliser un mot français (au hasard ?)
De plus si vous refusez d’acheter des Converses (c’était bien les années 80, mais quand même) ou des polos Fred Perry (personnellement je refuse de porter une marque qui fut l’uniforme des skinheads des années 80), vous allez avoir du mal à vous habiller dans les quartiers branchés ;-)
J’exagère, mais si vous regardez bien ces magasins, sous une apparente folie et profusion, ils vous ressortent presque toujours les 4 ou 5 mêmes uniformes (le Ska, le Punk, le Skin, le B.Boy, le rocker…).
Demain je repars me promener avant le début des conférences, en attendant vous pouvez voir mes photos de cette journée, un nouveau safari typographique intitulé le franponais ou les méfaits de Comme des Garçons.



ps : j'ai attrapé un gros virus sur mon PC (merci Hotmail ;-), mais heureusement qu'un soft gratuit comme AVG a pu me sauver la vie (ou presque!), ça m'apprendra aussi à utiliser un PC et non pas un Mac ;-)

mardi 15 novembre 2005

San Francisco Typo 3


Et je continue mon petit safari typographique dans les rues de San Francisco.
Aujourd'hui c'est le nombre de très beaux cafés qui m'a impressionné. On peut manger, prendre un café, à toute heure de la journée et de la nuit, le rêve, non, Pierre ?
J'ai aussi vu un truc assez drôle à la télé, c'est l'ouverture d'une université "fumeur". Je vous rappel qu'en Californie il est interdit de fumer partout, sauf dans la rue et encore...