Étienne Mineur | Archives extension du domaine de la lutte ludique et graphiqueetienne@volumique.com

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de l’incohérence des prix des livres

Je suis l’heureux (ou presque) possesseur d’un Kindle Fire HD depuis peu de temps et je découvre avec joie les politiques tarifaires de nos éditeurs français favoris. Voici quelques exemples de différences absolument incroyables entre le prix pour Kindle et le prix du même ouvrage sous la forme d’un livre classique (les captures d’écrans datent du 2 novembre 2012 sur le site Amazon.fr).

Les ouvrages de Michel Houellebecq par exemple, La carte et le territoire est en version poche à 7,60 euros et en version Kindle à 14,99 euros,  Extension du domaine de la lutte à 4,95 euros en poche et 11,99 euros en version numérique, donc franchement plus du double (et je ne parle pas des versions d’occasions).
Pourquoi le prix de la version numérique est-il deux fois plus élevé que son prix en version livre classique?


Honnêtement je ne comprends pas ce genre de politique tarifaire de la part des éditeurs. Ne peut-on pas aligner le prix numérique sur la version « poche » et enlever 10 à 20 % ? cela me semblerait à peu près logique (en tout cas pour un lecteur/consommateur comme moi). Nous pouvons remarquer que les prix des versions numériques ne répondent à aucune logique, parfois bas, parfois incroyablement élevés… J’ai bien peur que cette incohérence ne détourne les potentiels lecteurs de ces nouveaux usages. Mais nous pouvons donc imaginer (avec effroi !) que cette politique numérique suicidaire soit voulue afin de torpiller ce nouveau mode de lecture et surtout de distribution (dominée par les très méchants Amazon et Apple). En effet, en conservant ce genre de politique, le nombre de ventes et de lecteurs dans le domaine numérique ne va pas croître facilement et les éditeurs auront donc beau jeu de dire « regardez le numérique ne marche pas très bien dans notre pays ! ». Mais dans quel but ? Afin de retarder l’inéluctable, c’est-à-dire une refonte totale de la distribution et surtout des répartitions financières dans ce domaine. Avec l’arrivée de la distribution numérique, de nouveaux rapports de forces se mettent en place et donc une nouvelle répartition financière entre auteurs, diffuseurs, distributeurs, constructeurs et pourquoi pas lecteurs. Dans ce genre de bouleversement de nombreux acteurs se crispent sur leurs positions bien tranquilles qu’ils avaient auparavant. En effet, avec l’apparition de la distribution numérique les rapports entre l’auteur, l’éditeur, la fabrication, la diffusion, la distribution et les points de vente sont totalement bouleversés. Soudain, la diffusion, la distribution et la librairie se retrouvent rassemblées dans un même système : l’AppStore ou le KindleStore (ou tout autre site de diffusion numérique générique). On se retrouve donc avec un paysage totalement nouveau et passionnant à explorer (en tout cas pour moi!). Mais malheureusement les grands éditeurs préfèrent saborder le navire plutôt que d’avoir à inventer de nouvelles solutions créatives et captivantes pour leurs auteurs et lecteurs. Un autre effet pervers de cette politique; ces grands éditeurs français qui inspiraient autrefois le respect (à la fois gardien et diffuseur d’une très belle culture), sont actuellement autant aimés que les grandes majors de la musique par leurs lecteurs, ce qui tout de même un bien mauvais signe pour la suite des évènements.


Si on regarde un peu le monde de la musique, qui a tout de même beaucoup évolué depuis ces dernières années (par force), c’est assez simple, nous avons l’album au prix de 9,99 euros (avec iTunes par exemple) ou le morceau à 0,99 euro. Nous avons aussi l’offre la plus intelligente par rapport à nos usages consuméristes contemporains ; l’abonnement à 10 euros par mois (Spotify, Deezer… même si je sais que ce système est assez problématique pour les auteurs). Existe-il une offre d’abonnement numérique chez les grands éditeurs français ? En cherchant un peu j’ai uniquement trouvé ce genre d’offre chez Numeriklivres et Publie.net. Nous pourrions donc imaginer un système à la Spotify (abonnement et accès illimité à un catalogue musical immense) dans le domaine de la littérature francophone, imaginer un système cohérent, structuré, fiable, documenté, à jour, et agréable à consulter (je ne parle pas d’Amazon ni de la malheureuse et courte aventure de 1001libraires.com), mais je pense que je dois rêver (maj : je viens de découvrir le site Mo3T qui se veut une alternative à la distribution numérique).
Une autre idée, nous pourrions aussi avoir comme avec l’achat de certain DVD/Blu Ray, une version physique (le CD avec sa boite) et en même temps on obtient sa version numérique automatiquement. J’achète un livre dans sa version papier et automatiquement avec ma preuve d’achat je peux télécharger la version numérique (Amazon avec son Kindle n’aurait aucun problème technique pour faire cela).

Nous avons en ce moment, la presse française menaçant (c’est un bien grand mot) Google afin de lui soutirer un peu d’argent et les éditeurs classiques qui nous mettent le prix des ouvrages numériques plus élevés que leurs versions papiers! bref, bienvenue en 2012 dans le joyeux monde plein d’avenir de l’édition française.

Je parlerai plus tard de la difficulté de trouver un ouvrage sous sa forme numérique (il est actuellement presque plus facile de trouver un ouvrage sous sa forme numérique piratée que légale), de la piteuse et honteuse qualité typographique des liseuses, de la pertinence de lire sur tablette… bref un grand bonheur cette lecture numérique !
Mais heureusement je parlerai aussi des choses et des initiatives enthousiasmantes comme la récente application Gallica de la BnF, les prix pratiqués par un éditeur comme Bragelonne, les initiatives de l’éditeur Walrus

–> une tentative d’explication à cette politique de prix sur Slate.fr
–> et pour se détendre deleditionnumerique.tumblr.com
–> et encore un autre tumblr :  deledition.tumblr.com

13 Responses to de l’incohérence des prix des livres

  1. Bel article, Etienne. Et je te trouve encore gentil. Les prix des livres numériques devraient être logiquement moins élevés que les prix des livres papier. Mais tu as raison, en France, au lieu de chercher à inventer le modèle de demain en prenant quelques risques, on préfère avoir les chocottes en laissant les autres inventer l’avenir. Aussi, quand tu dis que “Nous pourrions donc imaginer un système à la Spotify (abonnement et accès illimité à un catalogue musical immense) dans le domaine de la littérature francophone, imaginer un système cohérent, structuré, fiable, documenté, à jour, et agréable à consulter (je ne parle pas d’Amazon)”, je ne pense pas que tu rêves. Je pense que t’es en train d’avoir une idée de projet. Et que tu devrais l’essayer :) Seuls les designers peuvent avoir l’audace que n’ont pas les éditeurs. En tant qu’auteur, je suis prêt à soutenir activement un tel projet. Je ne crois pas que les auteurs sont les plus inquiets à voir se redéfinir les jeux de pouvoir en matière éditoriale. Amitiés. S.V.

  2. Pierre Hénon says:

    Très bel article Etienne, si seulement les éditeurs pouvaient t’entendre !

    Je pense que, oui, les éditeurs s’agrippent à un vieux modèle au lieu de foncer avec des prix agressifs dès le départ (je crois que l’extension de la loi sur le prix fixe du livre au numérique fait qu’ils ne peuvent pas réajuster le prix quand la version poche sort – mais c’est eux qui l’ont demandé…).
    Sans compter qu’ils veulent garder tous les gains de frais de fabrication d’une version numérique pour eux (cf la remarquable tribune parue dans Le Monde il y a deux ans – apparemment indisponible sur le site du journal mais accessible là http://www.crl-midipyrenees.fr/wp-content/uploads/2010/10/Le-Monde-D%C3%A9c-2010.pdf

    Il y a quelques années un beau projet de “trousse numérique” pour les écoliers avait été monté par quelques écoles d’art et d’ingénieur. Ce projet fut torpillé par les éditeurs de manuel scolaire qui se sont accrochés à quelques années supplémentaires de leur rente de situation. Résultat : la France piétine en matière d’enseignement en ligne et on va être inondé par les meilleures universités américaines qui foncent avec des cours souvent gratuits (cf https://www.edx.org/courses https://www.coursera.org) voire des boites privées comme http://www.animationmentor.com/# qui commencent à faire un tabac avec leur cours payant, y compris chez les jeunes français.

  3. Peut-être est-ce le projet dont vous parlez… : http://www.mo3t.org/fr/
    Merci de cet article clair et visuel !

  4. Bonjour Étienne
    Merci pour cet article qui dessine au couteau, nerveux et incisif, ce paysage invraisemblable.
    Merci pour Jean-François Gayrard et François Bon -Numeriklivres et Publie.net- de les avoir cités comme ceux qui font avancer les choses.
    Des prix qui adoptent des courbes quasi “séismiques”, c’est peut-être en effet pour saborder le navire en un réflexe archaïque ;
    à moins, comme je le crains parfois, que cela ne soit un signe que Babel est à l’œuvre.
    Serge Meunier

  5. Le cocombre masqué says:

    La Carte et Le Territoire, on l’a pour zéro euro à travers les réseaux souterrains d’Internet… Je l’ai récupéré en PDF, format illisible sur les liseuses, alors je l’ai recréé pour mon usage strictement personnel en ePub.

    • oui en effet, de même pour toute l’œuvre de Houellebecq, mais aussi Lovecraft (en français)… il est actuellement plus facile de pirater les livres que de les acheter légalement, nos amis éditeurs devraient très très vite se réveiller.

  6. Nicolas says:

    Je ne sais pas si vous connaissez et je ne sais pas ce que ça vaut mais je suis tombé la dessus récemment : http://www.youboox.fr/

  7. Politique économique totalement différente chez publie.net (mon éditeur).
    Les livres oscillent entre 0,99€ et 4,99€.
    La part réservée aux auteurs est également très supérieure à celle pratiquée chez les dinausores de l’édition.

    Enfin la politique éditoriale ouvre la porte aux ouvrages se servant de la nouvelle technologie.
    Exemple : mon second roman intègre photographies, films et musique (le premier proposait déjà photos et son).
    Pour la P.O.D. de publiepapier.fr sont envisagés des QR codes renvoyant aux fichiers illisibles sur d’autres tablettes que l’iPad, ainsi accessibles en ligne. Mais les prix de ces impressions à l’unité restent raisonnables.

  8. Pingback: ré-enchanter la lecture numérique - Étienne Mineur | Archives

  9. Florent says:

    Le problème est malheureusement mondial, les éditeurs français ne sont pas les seuls à pratiquer ce genre de politique tarifaire et par ailleurs je trouve qu’il serait temps de mettre en place un système permettant à l’acheteur d’un livre physique de disposer gratuitement de sa version numérique…

  10. neyssensas says:

    Pour avoir quelques liseuses et tester les usages de la lecture numérique j’ai comme toi , éprouvé pas mal de difficultés à trouver des livres , été scandalisé par le prix honteux déprimé par la mauvaise qualité , le peu de respect des éditeurs et à part quelques exceptions comme Jean-François Gayrard et François Bon …difficile de trouver des éditeurs comprenant ce qu’il font ou devrait faire …
    En plus je ne peux même pas te prêter mes livres achetés sur Amazon plus de 15 jours …Je ne peux pas emprunté de livre numérique dans ma médiathèque du coin.
    quand je leur pose la question il me regarde avec des yeux ronds
    Vite parle nous du plaisir de lire sur liseuses !

  11. Stewart says:

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